Blog et écriture formative : Nadège

Publié le par Mylène Grenier

Son texte personnel

Une expérience étrange et terrorisante que de se retrouver de « l’autre côté ». Du côté de ceux que l’on a l’habitude de prendre en charge. Les mêmes questions, les mêmes attentes, les mêmes peurs. Dans un premier temps, je vous ferai part de cette expérience, dans un second temps, je tenterai de vous expliquer ce que cette situation m’a permise de mettre à profit au quotidien, dans mon travail et ce que le mot « soin » signifie aujourd’hui pour moi.

Tout s’est passé très vite, un appel du médecin un mardi soir à 20h15, des bilans sanguins mauvais, une hospitalisation en urgence, et me voilà de « l’autre côté ». Ce que je fais au quotidien, je vais l’écouter, l’observer, l’entendre, et le ressentir. C’est étrange, lorsque l’on est de « l’autre côté», on a tout le temps pour ça, écouter, observer…il n’y a que cela à penser, la sensibilité est décuplée. 48h sans savoir, pas de pronostic, juste des faits : température, infections articulaires, osseuses, septicémie. Et pourtant je me sentais en sécurité. Comment expliquer qu’un regard, un sourire, une attitude puissent rassurer ? Intervention chirurgicale, morphine, des mots que je connais, mais qui résonnent différemment. Ils me sont expliqués, pourquoi les utiliser, dans quel but, le médecin est assis en face de moi, tout en me parlant, il me regarde, touche ma fille qui dort profondément. Il m’écoute, il ne m’entend pas… il m’écoute !! Mes peurs, mes angoisses je les déverse, il est calme, laisse de courts instants de silence, son attitude est rassurante et tout cela fait que je n’ai presque pas peur. Je me sens comme dans un cocon où je suis prise en charge, portée, soutenue.

Durant ces trois semaines passées à l’hôpital j’ai mieux compris ce qui pouvait induire les comportements pouvant être interprétés comme agressifs de la part des patients et de leurs familles. Certains vivent des situations tellement angoissantes, mais pour nous, soignants, le temps est compté !! Des soins de nursing, des médicaments à donner, des transmissions par écrits , sur informatique, à l’oral. Ma vision du mot SOIN a changé. Soigner n’est pas juste «traiter » c’est aussi et surtout prendre soin. Prendre soin pour moi aujourd’hui se traduit par des petits gestes, des petites attentions. Pour parler à un patient ou sa famille je les regarde, je m’arrête, je m’adresse à eux et mon corps aussi est tourné vers eux. Le « Bonjour » du matin dit avec un sourire n’a pas la même intonation que sans le sourire. Prendre le temps d’écouter, de regarder, de s’adresser à l’autre. Capter le regard de celui qui est face à moi, "c’est avec vous que je parle, ce que vous dites m’intéresse, j’en tiens compte et je vais faire ce qu’il faut pour vous". Pas 10 minutes, juste 2, mais de qualité !! Mon corps et mes expressions traduisent des choses parfois plus importantes que de simples mots. Prendre en charge ce qui est angoissant pour le patient, sa famille. Les soutenir, chercher des réponses aux questions, ne pas les laisser dans le doute, l’incertitude. Si je ne suis pas en mesure de répondre, le dire, c’est aussi rassurant pour celui qui est dans un lit de sentir une équipe soudée capable de se relayer.

Cette expérience a fait de moi la soignante que je suis aujourd’hui. Attentive à ce qui est dit, à ce que peut suggérer un regard ou une attitude, et pas uniquement aux "soins physiques" que je prodigue. S’il n’y avait qu’une seule phrase à retenir de cette expérience pour moi serait celle de Gineste-Marescotti, « la méthodologie des soins » qui dit :

« Vous avez un problème, je vais vous aider à le vivre et peut-être à le résoudre ».

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