Journal d'un corps - Daniel Pennac

Publié le par Mylène Grenier

Rencontrer l'écriture de Pennac, une volonté de longue date

J'ai toujours trouvé cet homme sympathique. Son regard rieur, son sourire enfantin et la simplicité de sa posture me le rendaient sympathique. Alors pourquoi ne pas avoir plongé plutôt dans ses livres ? Peut-être parce que je n'entendais parler que du Bonheur des ogres et que trop de publicité m'a toujours fait fuir.

Il a fallu que j'entende parler du Journal d'un corps pour que ma curiosité soit telle que je veuille en savoir plus. Comment un auteur à succès peut rédiger un journal consacré à notre carcasse ?

Au final, non seulement je ne suis pas déçue, mais je pressens que Daniel Pennac pourrait devenir l'un de mes chouchous. Pourquoi ? Parce que c'est la première fois que je ralentis ma lecture pour ne pas arriver trop vite à la fin du livre !

Addictif

Addictif

L'ouvrage est conséquent et j'ai relevé de nombreux passages, pour le plaisir ou les formations. Jugez plutôt :

  • Une histoire de chaussette et d'urine qui commence ainsi "Il y a trois façons de pisser chez les garçons : 1) Assis. 2) Debout sans rouler sa chaussette. 3) Debout en la roulant."
  • Une description parfaite des vomissements. Un propos sur le rapport addictif à la nourriture qui finalement, peut toucher tout le monde. Un autre sur les prémices de la dépression, tellement proche de la réalité qu'il devrait faire écho chez bon nombre de lecteurs. L'exemple de toilette pour porter une réflexion sur la vie. Au moins un paragraphe sur la mémoire et les émotions générées par sa perte.
  • Un texte qui pourrait faire partie d'un corpus sur les jeux dangereux. Le thème de la douleur, traité à plusieurs reprises et que je compte bien utiliser en formation. Deux textes pour compléter le corpus sur la vieillesse. Une réflexion sur l'apprentissage portée par au moins deux passages du livre. Une description qui fera sourire plus d'un parent d'adolescent.
  • Une remarque qui pourrait intéresser les étudiants de BTS qui travaillent sur l'objet : Comment nous y prenons-nous, pusillanimes comme nous le sommes, pour confier en toute quiétude notre vie à des objets (avions, trains, paquebots, automobiles, ascenseurs, grand huit) sur lesquels nous n'avons pas le moindre contrôle ?

Les citations sont foison tant l'écriture est riche !

De toute façon, la peur surprend toujours.
Se réveiller à la seconde où on s'endort, c'est épatant !

Au départ, l'homme ne se sait rien. Rien de rien. Il est bête comme les bêtes. Les seules choses qu'il n'a pas besoin d'apprendre c'est respirer, voir, entendre, manger, pisser, chier, s'endormir et se réveiller.
Apprendre, c'est d'abord apprendre à maîtriser son corps.
Question : Nos sentiments pour les personnes influencent-ils nos papilles gustatives ?
Sois lisible, disait mon père, ne laisse pas soupçonner que tu cherches à dissimuler par une écriture indéchiffrable une pensée que tu ne maîtriserais pas.

La peur ne te garantit de rien elle t'expose à tous !

C'est intéressant, quelqu'un qui croit tout savoir et qui comprend si peu les gens. Mais je ne veux pas m'intéresser à elle. Je ne dirai plus jamais maman.
Se taire longtemps, c'est comme si on se nettoyait à fond.
L'accent, disait Suzanne, c'est la langue telle qu'on la mange !
Des mois que je n'ai pas écrit ici, comme toujours quand il m'arrive quelque chose d'important. En l'occurrence un coup de foudre. L'urgence n'était pas de le noter mais de le vivre.
Les éléments de mon corps me constituent sans me caractériser.
Il en va des dessins d'enfants comme des œufs à la coque, chefs-d’œuvre chaque fois uniques mais si nombreux en ce monde que ni l'œil ni les papilles ne s'y arrêtent.
Je trépigne en moi-même, accusant la terre entière de n'être que moi.
Parle, mon fils, parle. Crois-moi, c'est encore ce qu'on a trouvé de mieux pour se faire comprendre.

  1. ... nos enfants datent de toute éternité ! À peine sont-ils nés que nous ne pouvons plus nous concevoir sans eux.

Désormais, entre le monde et moi, l'obstacle de mon corps.

Je voudrais faire un séjour dans chaque hôpital de France pour étudier de près cette langue qu'on parle aux malades.
Mon corps et moi vivons la fin de notre bail en colocataires indifférents.
... personne n'a inscrit le médecin à l'école de la douleur qu'il inflige.

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