Des tablettes pour apprendre

Publié le par Mylène Grenier

Un plan pour le numérique à l'école

La récente annonce du chef de l'Etat sur l'investissement d'un milliard d'euros sur trois ans afin de numériser les apprentissages à l'école m'a laissée perplexe. A priori, tant d'argent pour du matériel ne me convainc pas, moi qui privilégie l'humain, l'échange non virtuel et le partage réel pour la formation.

Pour autant, je suis bien consciente que s'approprier les nouvelles technologies est un atout. D'ailleurs, je ne rejette pas l'approche numérique des apprentissages puisque j'utilise des ressources web, des enregistrements et des vidéos pour agrémenter mes formations. Mais de là à penser que c'est avec des ordinateurs que l'on améliorera les chances de réussite scolaire... je ne sais pas.

Du coup, il m'a paru intéressant de chercher à affiner mon point de vue. L'article d'aujourd'hui a donc pour vocation de vous faire part de mes petites recherches.

Des tablettes numériques pour apprendre à écrire

Dans un article du 8 mai 2015, Virginie Jourdan, journaliste indépendante, publiait pour lemag-numerique.com, "Une application dédiée aux fondamentaux de l’écriture". Elle annonçait qu'il est question d'équiper des écoles maternelles de tablettes pour l'apprentissage de l'écriture cursive.

En lisant ce billet, j'ai commencé à m'inquiéter, le souvenir de ces pays qui ont voté l'arrêt de l'apprentissage de l'écriture manuelle me revenait en mémoire :

En Finlande, les écoliers ne vont bientôt plus apprendre à écrire à la main mais utiliseront un clavier. Qu'en pensez-vous?
Alain BENTOLILA. - C'est une très mauvaise décision. Non pas que je sois un nostalgique de la calligraphie. Cependant, quand on écrit à la main, on fait un acte singulier. Le fait de tracer sereinement des lettres et des mots permet à mon esprit de les porter. Ce qui n'est pas le cas avec des machines ou des tablettes.

Le Figaro

Je suis donc partie à la recherche d'informations sur cette fameuse application qui sera proposée à la rentrée. Ce qui m'a rassuré, c'est qu'il n'est pas question, apparemment, de remplacer les apprentissages manuels, mais bien de les compléter par un support numérique. Ainsi, sur le site de la société sélectionnée pour fournir les établissements scolaires, on peut lire ceci :

"L’insertion du numérique à l’École, notamment pour l’apprentissage de l’écriture sur tablette n’a pas pour but de remplacer la pédagogie traditionnelle avec laquelle nous avons tous appris. Notre démarche s’oppose en tout point à un apprentissage 100% numérique au travers duquel les enfants ne seraient plus amenés à utiliser le crayon au profit d’un clavier."  Scriptandgo

Généralement, j'accorde plus d'importance aux actes qu'aux intentions. Alors seule la mise en place réelle de cette solution technique permettra de juger si ces propos sont démagogiques ou non. Entre l'ambition des concepteurs et l'usage réel qui en sera fait en classe par les enseignants et les élèves, il peut y avoir des décalages.

Apprendre à écrire avec le numérique, une nouveauté ?

Je ne le crois pas. Il me semble en effet que les développeurs n'ont pas attendu l'aval de nos politiques pour réfléchir à des solutions numériques favorisant l'apprentissage de l'écriture. Ainsi, des applications pour téléphones portables comme L'Escapadou (inspiré de la pédagogie Montessori) ou Ecrire son ABC (appli mise en avant notamment par le site applications-autisme) existent déjà.

Le concept de Serpodile qu'Anne-Lise Bouchut m'a présenté il y a quelque temps me paraît aussi intéressant que les deux précédemment cités. Créée par des pédagogues, des ergothérapeutes et des graphothérapeutes, l'application Serpodile propose aussi le son des lettres et non pas uniquement son nom (de quoi travailler l'écriture et la lecture).

Alors, du numérique pour apprendre à écrire : bonne ou mauvaise idée ?

Il me semble qu'en la matière, il est difficile d'être dans le rejet des nouvelles technologies. De toute manière, elles font partie intégrante du quotidien de nos enfants. Le danger, à mon sens, résiderait simplement dans le fait que l'arrivée de tablettes numériques en maternelle pour apprendre à écrire remplace l'écriture cursive. Je crois qu'il est bon de varier les apprentissages et leurs supports pour créer de la complémentarité.

En ce sens, je vous invite à lire ou relire l'excellent article d'Hubert Guillaud de janvier 2013 où il est mentionné que ce ne sont pas les écrans qui sont néfastes, mais le fait que les enfants soient livrés à eux-mêmes face à de tels supports virtuels. Il évoque également le point de vue de Stanislas Dehaene selon lequel il faut faire confiance à l'enrichissement cognitif de l'environnement des enfants.

Bref, on en revient toujours à l'un de mes dadas en pédagogie : ce qui importe ce n'est pas l'outil, mais la manière dont il est utilisé.

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